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Entre les murs (Laurent Cantet)
Bonne nouvelle,
Entre les murs mérite sa palme. C'est même la plus belle palme depuis
Elephant. Cantet, seulement avec une classe de collège, parle de tout : la société, la France, sa langue, sa politique. C'est aussi un film très Nouvelle Vague, par son rapport au documentaire, au présent, surtout sa spontanéité (Rozier), tout en pulvérisant totalement le montage (Godard).
Sans revenir sur le film (s'il y avait un tableau des qualités,
Entre les murs serait dans toutes les cases), j'ai surtout aimé la contamination du documentaire, et même si c'est vieux comme le monde (
Sortie d'usine des frères Lumière était déjà un documentaire-fiction), ici ça prouve une chose : le cinéma n'est pas mort. Cantet lui offre un magnifique spasme avant qu'il ne meurt dignement, d'une aussi belle manière qu'il est né, par exemple avec le départ du train de la Ciotat par les frères Obscurité.
Gomorra (Matteo Garrone)
Enorme déception, le film suprême sur la mafia ne sera finalement qu'un film de plus sur la mafia. Quoi sur La Camorra ? Rien, pour les déchets de La Campania, voir plutôt
Biutiful Cauntri, pour le reste, voir DePalma. La seule chose à peu près neuve ici, c'est les gros caïds montrés comme des gros beaufs en tong. Okay, ça balance à mort. Le propos fort de Garrone en interview comme quoi la misère de la région favorise l'orientation des jeunes vers le crime, c'est très bien, mais il faudrait aussi le mettre dans le film. Heureusement, il évite de peu la complaisance de la violence, mais pas l'arrogance type
Babel de vouloir tout traiter en deux heures avec ellipses aux couteaux et mini-séquences ultra-représentatives façonnées à la pelleteuse. Cinématographiquement, le film est bizarre, oscillant entre plans très graphiques tendance Antonioni, et immondes gros plans tendance Raï Uno. Mais certains plans larges utilisent magistralement bien le scope, voir même la durée. Le carton final, par contre, est l'aveu d'échec pur et simple de Garonne de ne pas avoir réussi à traduire ses idées en images. Restent quelques bonnes inspirations de mise en scène, parfois excellentes, mais noyées dans un anecdotique emballage.
Gomorra n'est pas un mauvais film, c'est le gâchis d'un chef d'oeuvre. C'est peut-être pire.
Exposition Travelling (Espace Louis Vuitton)
Vampire - Apichatpong Weerasethakul
Desterria, un pays nommé Exil - Carmen Castillo
Fuir - Jean-Philippe Toussaint
Il Primo Anniversario - Edoardo Winspeare
Je n'ai pas assez bossé le dossier sur le mécénat, donc je ne reviendrai pas sur le commanditaire un brin fantaisiste de l'expo Travelling, Monsieur Sac à main à 800€. Quoiqu'il en soit, il y a un inédit d'Apichatpong sur les Champs, donc je ne vais pas me plaindre.
D'abord, on prend un ascenseur complètement noir avec la bombasse de l'accueil pour "perdre toutes sensations avant d'arriver dans l'expo" dit-elle, trente très belles secondes.
Puis quatre court-métrages dans quatre salles différentes, la salle de Apichatpong a même des transat'.
Salle 1, Fuir de Jean-Philippe Toussaint qui porte magistralement bien son titre : c'est ce qu'on a envie de faire, mais on tiendra les 14 minutes.
Salle 2, Desterria, un pays nommé Exil de Carmen Castillo, très bon documentaire avec de très beaux plans picturaux comme il est quasiment impossible d'en faire en vidéo.
Salle 3, Il Primo Anniversario de Edoardo Winspeare, marrante fiction italienne qui s'avère, au fil de la séance, avoir une salle gueule de pub géante pour Vuitton. On s'y attendais un peu, c'est bien là, en salle 3.
Et enfin salle 4, Vampire de Apichatpong Weerasethakul, incroyable délire nocturne du Thaïlandais sans sous-titre, un peu trop "caméra-épaule dans tous les sens", mais puissamment énigmatique. Même s'il y a déception (son segment de L'état du monde était bien mieux), c'est bien le maître qui est là, et non sa réplique-marionnette pour Sac à main.
L'expo, totalement gratuite et souriante, dure jusqu'au 31 aout. En reprenant l'ascenseur tout noir avec la jolie hôtesse, elle nous demande si on veut retourner à l'accueil ou dans le magasin ? Tout s'explique. L'expo est gratuite, mais peut aussi coûter 800€.
North by Northwest (Alfred Hitchcock)
Dans
North by Northwest, il y a un bandit qu’on ne voit pas. C’est pourtant le plus dangereux de tous, mais on ne le voit pas. Il meurt bêtement dans son avion contre un camion-citerne. Qui était ce type, suffisamment rêveur pour arroser des champs qui n’existent pas ? Qui était ce type, révolutionnaire au point de vouloir tuer un publicitaire bronzé aux UV ? Qui était ce type, un peu con, ou peut-être un peu cramé par la drogue, suffisamment pour ne pas voir un camion-citerne ? Un bandit un peu suicidaire, fatigué par la vie. Un faux bandit sûrement. Une erreur de casting. Un type qui voulait tuer mais n’y arrivait pas. Incapable. Un type qui décide de mourir en échange. Un faible. Dans son sens romantique.
Antonioni, en quelque sorte, a donné une seconde chance au bandit le plus idiot de l’histoire du cinéma. Il lui a dédié un film entier :
Zabriskie Point.
Un millier d'années de bonnes prières &
La Princesse du Nebraska (Wayne Wang)
Shi a du mal à s'approprier l'espace, devenant l'ombre de lui même, découpé dans le contrejour de la fenêtre. Sasha a du mal à s'approprier l'espace, étouffant à chaque plan dans un coin étroit du cadre. Deux chinois, immigrés aux Etats-Unis, qui vont apprivoiser leur nouveau monde par une cassure du style : le premier par l'écriture (le dialogue), le deuxième par le cadrage (le plan fixe, voir même le plan large).
Diptyque, donc. Shi essayera de comprendre la complexité de sa fille (la poupée russe) bien plus illisible que n'importe quelle barrière linguistique (séquences mémorables avec l'iranienne). Sasha essayera de comprendre sa propre complexité, dont le reflet qu'elle trouvera en X donnera le plus beau plan de l'année, allongées sur un lit comme la même dame d'un jeu de carte. Le plus beau plan de l'année ? En fait non, le plus beau plan, c'est le dernier, une chanson triste comme seule réponse à sa belle route de princesse complètement murée.
Diary of the Dead (George A. Romero)
Réflexions sur le pouvoir de l'image et notre voyeurisme, sur fond métaphorique explicite de la guerre d'Irak, le film se veut surtout une Godardienne mise à nu du dispositif cinématographique ("cours", "ferme la porte", du remake du faux-tournage, jusqu'au champs/contre-champs apparent). Bon, le souci c'est qu'ils jouent comme des pieds et qu'on n'y croit pas une seule seconde. Surtout que le postulat de départ, intelligent sur le papier, du remontage, n'est finalement qu'une grosse farce puisqu'elle remonte le film avec une bande son/musique impeccable, alors qu'elle n'enlève pas les in/out des rushs. Le film ne sera donc que théorique, Roméro se posant encore une fois comme le metteur en scène le plus intelligent du genre, introduisant son film par l'intérieur d'un van (la salle de cinéma, où le spectateur/acteur se sent en sécurité, regardant le monde-film par l'écran-vitre) et le finissant dans une salle beaucoup plus complexe (le réseau de l'ère internet). Chaque film de Romero, avant d'être un film de zombies, est un film sur son époque, celui-ci abordant, en vrac, les sujets ultra-contemporains des minorités qui s'organisent en gang pour survivre, de l'armée dépassée qui sert son propre intérêt, du désengagement de l'Etat (Katrina ©), mais surtout du tout-sécuritaire (les caméras de surveillances étroitement mêlées au Home cinéma et à l'internet viral au point de ne faire qu'un). Et puis il y a ce plan terrible du zombie avec son caddie, qui, au final, est peut-être le plan le plus terrifiant de tous.
Dernier maquis (Rabah Ameur-Zaimeche)
Etrange impression. Pendant la projection, on pense assister à un chef d'oeuvre du cinéma français, balisé de symboles graphiques, de bravoures politique et de puissantes métaphores, puis, rétrospectivement, on est plus trop sûr de rien. Disons que ça dépend de la scène qu'on retient. Au final, l'étrange impression, donc, d'avoir vu se télescoper
Il Deserto Rosso et Ken Loach dans un entrepôt de palettes.
Phénomènes (M. Night Shyamalan)
C'est là qu'on différencie les héritiers d'Hitchcock qui ont tout compris à son cinéma et qui en prolonge la recherche (De Palma) et les petits malins qui reprennent comme des pieds des figures hasardeuses parce que ça fait cool (Shyamalan).
Le Septième continent (Michael Haneke)
Ou comment faire un film avec des inserts. Ce sur-découpage froid est tellement didactique que rien ne vit dans le cadre, rien n'existe, seulement des gestes robotisés, ce qui tue dans l'œuf le moindre enjeu, car tout est déjà mort. On va dire que c'est le style Haneke, mais ici plus qu'ailleurs tant rien ne respire hors de l'œil clinique de son auteur. Une scène chez l'oculiste résumerai à elle seule tout son cinéma.
There Will Be Blood (Paul Thomas Anderson)
Le film se donne des faux airs de fresque type Coppolienne mais s'embourbe dans la démonstration. C'est dommage car la première heure était vraiment réussie, digne des Coen, et la bande son joliment soignée. Tout le reste n'est pour moi que du cirque assez prétentieux. L'impression d'avoir affaire à la plus grande attraction du parc et de ne pas s'y amuser.
[Rec] (Paco Plaza, Jaume Balaguero)
Déjà, avant le film, je flippais tellement que j'avais l'impression d'aller faire Space Mountain. Et pendant, ce fut l'horreur absolue, j'ai rarement autant eu peur d'un film. Parce que l'espace scénique limité, confiné, nous ramène à notre position de spectateur, et l'œil de la caméra nous intègre comme jamais à cet espace - là où
Cloverfield nous offrait un champ incroyable de fuites possibles. On pourrait reprocher au caméraman d'être un peu obstiné, mais c'est tout à fait cohérent pour qui a déjà filmé : derrière un viseur de caméra, on se sent invincible, on se croit à distance, pensant inconsciemment que l'image du viseur fait partie d'un autre espace, filmer est donc un acte de survie mental. A l'efficacité du traitement, à sa dimension théorique s'ajoutent en plus de vrais idées de mise en scène et un incroyable traitement du son totalement délirant. Décidément, Youtube est en train de dépoussiérer le cinéma.
Jumper (Doug Liman)
Remake fantastique du premier Bourne (du même réal, en plus) avec le même amour du voyage et du grand réseau mondial, la même impression de ne voir que le début d'un film à faire, et la même musique de fin (ou presque). En tout cas, malgré sa puérilité, le film livre une jolie et poétique sous-lecture de la mondialisation. Les effets sont vraiment impressionnant, digne d'un Matrix, pas moins. Tout le reste fait de la peine, mais on sent que Jumper 2 sera réalisé par Greengrass et sera mieux que Jumper 3.
Ploy (Pen-ek Ratanaruang)
Bien sûr, tout n'est pas à prendre dans ce film inégal, pas mal de choses m'ont vraiment déplu, mais il y a une grâce dans le filmage, le cadrage, et le traitement du son, un style vraiment planant comme du Brian Eno - la première heure est vraiment sublime d'identité ambient comme j'aime à retrouver chez Pen-Ek. Un film fragile.
Profondo Rosso (Dario Argento)
La classe d'Argento c'est d'avoir une vraie identité de cinéaste dans un genre nanardèsque. Très bon film, donc, qui s'impose en fantasme de
Psychose d'Hitchock (Ne pas lire si vous n'avez pas vu ces deux films) : même type de manoir vide, même découverte d'un cadavre poussiéreux, même décor salle de bain, même problématique mère/fils. Une sorte de revanche avec un récit plus frontal, plus brutal, sans schizophrénie ni rideau de douche.
Dans la vie (Philippe Faucon)
Dans la vie se pose en contraire de La Graine et le mulet de Kechiche, Faucon évite les conflits internes d'une communauté pour aller plus vite à l'essentiel, la confrontation des communautés entre-elles. Exit alors les prises de becs au sein de la famille, réglé en deux répliques. Le récit s'illumine par les autres, grâce aux autres. Plus optimiste, donc, Faucon réunit dans une même maison et un même cadre ce que la guerre et les préjugés séparent. Il les rapproche même par le montage, dans un final flamboyant de simplicité. Le film a quelques défauts (le premier est sa durée, 1h13, c'est bien trop court pour un sujet pareil), mais tout ces défauts le rendent touchant, et paradoxalement terriblement vrai. Le rire des deux actrices (formidable duo) est à chaque fois communicatif, et on sent presque le vent de la plage nous caresser le visage. Joli film.
Jeux d'enfants (Yann Samuell)
Improbable. J'ai rarement vu un film aussi pourrave, entre esthétique de pub Honda et sous-Boyle bien gras. Le scénario et la mise en scène sont tellement débile qu'on a du mal à savoir si le réalisateur a 12 ans ou s'il est juste attardé. Idées pompées, couleurs de néons et montage de discothèque : c'est plus du cinéma, c'est du Tunning. A noter aussi que Olivier Dahan n'est pas allé bien loin pour trouver Cotillard pour
La Môme : elle chantait déjà ici Piaf avec son accent parisien.
La Visite de la fanfare (Eran Kolirin)
Quand on lui demande ce qu'est la plus belle chose du monde, le chef de la fanfare, chanteur, musicien, répond "le son de l'eau, le son des vagues, le son des enfants qui jouent sur la plage". Aberrant donc que la bande son de ce film soit aussi pourrie.
L'Heure d'été (Olivier Assayas)
Jamais je n'aurais cru être emballé à ce point par une comédie franco-franchouillarde tendance bourgeoisie campagnarde, et pourtant, avec une subtile classe et à travers un riche éventail de thèmes typiquement Assayasien (la mondialisation apparaît par petite touche dans des dialogues brillants), on plonge dans cette immense réflexion sur l'art dans toute sa globalité : sa transmission, son marché, sa valeur, même son utilité au détour d'une petite scène rigolote, peut être la meilleure. Assayas dresse un schéma cohérent, pose les fondements d'un débat beaucoup plus large qu'il n'y paraît sur l'héritage (le fils de Clint Eastwood fait même une apparition), et l'Histoire de l'art en général (géniale scène au musée d'Orsay), puis, poignant, confronte la valeur de l'argent à celle de l'affectif.
La mise en scène est tout simplement virtuose, toujours en mouvement fluide, sans jamais laisser passer un détail, sur la psychologie des personnages, sur un objet, sur un décor, sur une forme graphique, sur la complexité du monde, mais aussi sur sa simplicité. A noter cette brillante alchimie entre Adrienne qui essaye de se rajeunir, et Jérémie qui essaye de se vieillir, comme constat froid des codes actuels de notre société prédatrice. Ne pas être trop vieux, ne pas être trop jeune.
Le film fait écho à L'Aimée de Desplechin (quand Clean le faisait à Roi et Reine) à tel point qu'on croirait un dialogue entre les deux cinéastes (La scène forte de la maison vide laisse même entrevoir le fantôme de Desplechin). Puis, Assayas reprend le contrôle total de son cinéma avec cette dernière scène fantastique, sa réponse simple et transversale à toutes les questions qu'il a entremêlé deux heures durant. Un espèce de plan-séquence insouciant qui réconcilie les générations, les jeunes et les morts.
Mais subsiste néanmoins cette vision foudroyante de la solitude d'une grand mère, une fois que les enfants sont partis, comme pour nous rappeler que dans ce grand foutoir rock'n'roll, la vie est sans pitié.
Redacted (Brian De Palma)
A l'heure d'Internet, De Palma s'empare merveilleusement bien de la multiplicité des points de vue, de la mass-média, l'auto-fiction et le moi narcissique comme machine à penser et à raconter, et surtout tisse formellement une toile d'araignée d'images telle un réseau-monde. Il en fait même un remake avoué d'
Outrage pour définir son fond contestataire : la mémoire courte de l'Homme et l'éternel recommencement de l'Histoire. Tout comme le recommencement du cinéma par la vidéo.
Redacted est une date aussi esthétique que théorique. Jamais la place du metteur en scène n'avait été une donnée aussi abstraite, coincé tel Google dans un enchevêtrement de fenêtres, de profusion pop art, de suprématie du clic-souris. Ce genre de conception de la mise en scène n'a pas d'équivalent ni d'antécédent, un film quasi interactif, entre l'Internet et le jeu vidéo, encore un peu du cinéma mais plus tout à fait.
L'Etat du monde (Collectif) : Luminous people de Apichatpong Weerasethakul; Tarrafal de Pedro Costa; Brutality Factory de Wang Bing; Germano de Vincente Ferraz; Tombée de nuit sur Shangaï de Chantal Akerman; One way de Ayisha Abraham.
Dommage que le chef d'oeuvre absolu
Luminous People soit greffé à cinq autres courts plus ou moins raté. Je n'ai pas accroché au Costa, même s'il y a de belles idées et une belle mise en forme.
One way m'a profondement ennuyé, tandis que
Germano, leché jusqu'à la névrose par les etalonneurs, n'arrive pas à se detacher d'une mise en scène clichée.
Brutality Factory, malgré quelque beaux plans, est terriblement vain et frole l'amateurisme. Celui d'Akerman, par contre, réussit à nous hanter par son radicalisme, même si on se demande l'interêt des trois premiers plans. Le dernier, long et hypnotique, aurait suffit à englober, par de multiples mises en abîme, tout le cinéma des Lumière. Et puis il y a la beauté fulgurante de
Luminous People, ses plans de ponts, de fleurs, et de remouds jusqu'à l'abstraction, qui en font non pas un segment réussit du projet, mais l'un des meilleurs films de l'année.
Mouchette (Robert Bresson)
L'impression que le son domine le film, simple, précis, ciselé, épuré, hiérarchisé en dramaturgie sans être écrasé dans l'image. L'impression qu'il flotte au-dessus, comme chez Tati, qu'il raconte l'histoire d'une autre manière, dédouble le film, le complexifie. Le braconnier dira à Mouchette : "Eclaire-moi, écoute le cyclone". Ecouter autre chose que ce qu'on regarde, dédoubler notre perception pour entendre la métaphore. Car ce qu'elle appellera ensuite "le cyclone" n'est-il pas finalement le braconnier lui-même. C'est par le chant qu'elle se démarquera des autres, qu'elle s'isolera et ensuite qu'elle se retrouvera un rôle, un sens. Le film prend alors une puissance paradoxale dans ses silences, trous sans fond, abîmes où se perd Mouchette, où elle n'est plus soutenu, où même les bruits l'abandonnent. Du film se dégage une poésie d'avantage par l'emploi du son, sa texture, son relief, que par les images qui d'ailleurs finiront par ne plus montrer un sujet, mais un son, le son de l'eau.
The Fury (Brian De Palma)
DePalma fait du Cronenberg avant Cronenberg, et même si la mise en scène est un peu trop sur-découpée, l'amour de l'image est déjà là.
Peur(s) du noir (Collectif)
Je suis assez mitigé. Bien sûr, la qualité des dessins est bluffante, et à lui tout seul le son donne toute sa beauté au projet, mais le reste ne suit pas, en tout cas pas toujours. Je ne retiendrais donc que les bons points : certaines formes mouvantes de Pierre di Sciullo (dommage que son court soit pourri par une voix-off inutile), l'ambiance graphique du Mattoti sortie tout droit d'un tableau de De Chirico, et surtout dans son entier le McGuire, magnifique travail sur la lumière (avec de vraies scènes dans le noir complet), le seul court qui ait pour moi l'interêt du déplacement (déplacement de la bd au cinéma, déplacement de chez moi au cinéma). Pour le reste, c'est déjà oublié.
Le Kid de Cincinnati (Norman Jewison)
C'est pas mal. Surtout grâce à la mise en scène, tellement fluide et simple, peut-être un peu trop scolaire, mais Norman Jewison n'en ressort que plus efficace - le suspens est génialement mené. Avant d'être un film sur le poker, d'avantage toile de fond quoi qu'en dise le pitch, c'est surtout un film sur l'arrogance.
Esther Kahn (Arnaud Desplechin)
Par une jolie façon de traiter son sujet, Desplechin ressuscite Truffaut et fait de chaque plans un petit miracle de beauté timide. Dommage que les reconstitutions biographiques en costumes de ce genre me laissent froid et que la moue assez mono-expressif de l'actrice enferme son personnage dans un rôle égoiste plutôt enervant - même si cela renvoit à une reflexion sur la dimension narcissique de l'acteur. L'impression que chaque lumière, angle de caméra, timing ne sert qu'à capter sa respiration, sans aucune consideration pour les autres personnages, veritables porte-manteaux de ses émotions. Autour d'elle, rien n'existe, rien ne vie, ce n'est qu'un champs de morts qui assistent à sa gloire. Une actrice avec plus de prestance (Devos lui bouffe toute la lumière par sa simple presence) aurait permis d'accepter l'aura de son personnage.
Cloverfield (Matt Reeves)
Un tournant dans l'histoire du film de monstres US, à un tel point que tous ses contemporains puent déjà le moisi (La Guerre des Mondes, en tête, fait vraiment de la peine). Les Américains sont vraiment sado-masos de se replonger à ce point dans la terreur du 11 septembre (même les films sur le drame lui-même en parlent moins bien) et tout ce qui a fait son succès médiatique (la DV, internet, etc.) C'est bourré de sous-lecture métaphorique : Le devenir adulte, se mettre en couple c'est le sacrifice de ses amis / Le 11 septembre, donc, avec cette idée géniale de statue de la liberté guillotinée / La critique des médias où chacun veut son image / Le film sous le film litteralement, avec ses jeux d'aller-retour, ping-pong tragique entre l'avant et l'après / La prédominance du son sur l'image, où les scènes les plus réussies sont celles où l'on voit rien. Bref, j'ai vraiment marché à mort (sauf lorsqu'on voit le monstre, hideuse pixelisation qui nous sort du film), bluffé par le réalisme de l'action, les belles trouvailles visuelles marquées par des décadrages, le bout du bout de la démarche, et les jolies filles. Jamais Hollywood n'a autant collé à son époque.
Le Bannissement (Andrei Zviaguintsev)
Quelle beauté ! Tout est magnifiquement filmé, la bande son est foudroyante, c'est du grand cinéma, dans le genre de ceux qui racontent avec des herbes qui s'agitent face au vent et des gouttes d'eau dans les reflets d'une flaque.
Le Journal d'une femme de chambre (Luis Buñuel)
Maitrise absolue de la mise en scène (analogies, figures formelles, jeux de montage), Buñuel se paye l'audace de faire un film sur les collabos français, l'avant-Vichy et tout ce que la France a de plus puant, l'air de rien, remuant la merde avec une cuillère en argent, et bousillant dans une maestria narquoise la fierté de n'importe quels tocards en vantant les mérites.
Train de nuit (Diao Yinan)
Creux, filmé sans vie, sans foi, sans poésie, constamment à la recherche d'un sensationnel facile, avec pour le sauver quelques beaux plans larges, même s'ils sont plus illustrateurs qu'axe directeur.
Le Voyage du ballon rouge (Hou Hsiao Hsien)
C'est fou que se soit un Chinois qui ait le mieux compris les enjeux de la Nouvelle Vague : HHH pose sa caméra et filme la rue, un escalier, un regard, jusqu'à ce que l'image nous transperse le coeur. Peut-être qu'il y a une bonne dose d'identification dans mon jugement (Mais, c'est moi ! Mais, c'est ma mère !), enfin bref, il y a un vrai sens de la captation, du cadre et de la poésie visuelle, une justesse dans un film pourtant très casse-gueule sur le papier. HHH réussit sa migration comme WKW a raté la sienne, Binoche est incroyable de bout en bout, et Paris n'a jamais été aussi bien filmé. Un film qui apaise autant qu'il émerveille,
Le Voyage du ballon rouge est un poème où les scènes se répètent comme des rimes.
Ascenseur pour l'échafaud (Louis Malle)
Malgré un scénario de roman de gare, Louis Malle s'en tire plutôt bien pour un premier film de fiction, avec de superbes extérieurs nuit sur fond jazzy de Miles Davies. Annonciateur de la Nouvelle Vague par ses tournages en exterieur, le film est tellement incroyable de modernité qu'on lui donnerait dix ans d'avance. Malle trichait volontier en favorisant les architectures et décors modernes, ce qui donna à son film un petit air d'anticipation. A noter ce plan magnifique dans une voiture décapotable filant sous les arbres qui rappelle celui de
Profession : Reporter.
Zabriskie Point (Michelangelo Antonioni)
Déjà, c'est completement hallucinant que ce film ne soit pas considéré comme le film majeur d'Antonioni, alors que c'est sûrement son film le plus expérimental, donc le plus abouti, peut-être pas le plus interessant, mais en tout cas le plus puissant. Ensuite, c'est assez drôle de se dire que ce film a déjà 40 ans, c'est plus triste que drôle d'ailleurs, comme si personne ne l'avait vu et continuait à faire son petit film l'air de rien, alors qu'une bombe a explosé dans le desert de ce qu'Antonioni a osé appeler art. Tout ça peut-être aussi parce que c'est le seul de lui que j'ai vu sur Grand Ecran, avec les majuscules s'il vous pait, peut-être, n'empêche que visuellement c'est son plus beau travail, dans sa recherche de l'abstraction aussi, c'est sûrement le film ultime du cinéma, le film-guillotine, le jour où il aurait dû mourir.
Into the Wild (Sean Penn)
Malgré une réalisation bizarrement bourrée de tics et de procédés en tout genre (tout y passe, Penn découvre les effets du petit monteur illustré), en désaccord complet avec son propos, le film réussit, au détour de deux heures pas toujours agréable ni facile à avaler, à émouvoir vraiment. Le récit, très joliement construit en analogie de la vie - voir en métaphore des enfants partis en Irak - et son thème de la fuite sauvage pour vaincre les démons de la société moderne touche par sa liberté de ton. Globalement je trouve que rien de cinématographique ne respire ici, mais c'est une très belle histoire, à defaut d'être un joli film. Penn est un très bon conteur, on sent qu'il aime ce qu'il fait, qu'il y croit, et ça, c'est déjà pas si mal.
La reprise du travail aux usines Wonder (Jacques Willemont)
Rivette en 1968 : "Le seul film interessant sur les evenements (...) tourné par des étudiants de l'IDHEC, parce que c'est un film terrifiant, qui fait mal. C'est le seul film qui soit un film vraiment revolutionnaire, peut-être parce que c'est un moment où la réalité se transfigure à un tel point qu'elle se met à condenser une situation politique en dix minutes d'intensité dramatique folle."
Daney en 81 : "Ce petit film, c'est la scène primitive du cinéma militant, c'est
La Sortie des usines des frères Lumière à l'envers."
Salome (Charles Bryant)
Tout l'espace cinématographique est réduit à un espace scénique, très loin de l'héritage des frères Lumière, Bryant fait vraiment du théatre filmé, plombé par des kilomètres de texte. Tout sauf du cinéma.
Sweeney Todd (Tim Burton)
Tout le monde chante, soit. Mais que se soit à ce point insupportable, je ne l'aurais pas imaginé : fausses chansons type Florent Pagny, boue sonore, où la voix suit la musique à la note près. Mais ce n'est pas tout. Le film manque cruellement de respiration, tout s'enchaîne comme un immense clip de Mylène Farmer où les idées de mise en scène sont noyées sous un packaging Prime-Time clinquant (ça y est, nous sommes réellement entrés dans l'ère de la star-ac'), absolument rien de cinématographique, donc, juste un tour de force pour magazine people (qu'est-ce qu'il chante bien Johnny) mis en images pour posters de chambre d'ados, où une vraie idée surnage - outre le miroir deformant et la mise en abîme du canari dans sa cage - nous avons ici une jolie phobie du poil (thème pré-ado ciblé pour le public du film) : les personnages-adjuvant de Todd sont une femme, un enfant et un ado imberbe, tandis que le premier personnage opposant, emblême suprème car il permettra l'acceptation de Todd par le milieu, est un rital et tout les clichés de poils-au-torse que cela implique. Impossible d'y voir autre chose que du second degré assumé. Le problème, c'est que chaque scène se devine dix minutes avant, et cette bonne idée de script ne marche pas à l'écran, quelque chose déconne à la mise en scène, comme si la tourte bien fumante était, une fois qu'on ose la croquer, immangeable.
Body Rice (Hugo Vieira da Silva)
Bien sûr, le film pêche par un manque d'axe directeur - on ne sait jamais vraiment ce qu'il veut nous dire en somme - un montage qui aurait mérité quelques coupes, et des scènes d'interieur-nuit étouffantes, mais au-delà de ces faiblesses mineures - un peu trop gourmand le Hugo ? - ce film est un magistral assemblage de cadres photographiques sublimes, quasi-fixe mais pas tout à fait mort, illuminés par la beauté divine d'une actrice dont Da Silva doit être fou amoureux, et des sequences de Rave-Party siderantes. C'est litteralement un film de "zombies", zombies errant sur du sable, au bord d'un lac, dans l'herbes hautes. Il y a des plans d'une beauté vraiment incroyable - le poisson mort, le hamac, les petards, la baignade dans le lac, et j'en passe - et une bande son du même calibre, mélangé comme un puzzle. Je suis quand même déçu car certaines scènes auraient mérités d'être poussés un peu plus, d'être approfondit pour ne pas rester à l'état de scenettes et atteindre la grâce. Mais on ne vas pas cracher sur une telle pépite, l'affiche, ratée, fait déjà assez de mal.
Le Proces Paradine (Alfred Hitchcock)
Un Hitch decevant, même si on retrouve bien son talent pour éloigner un couple l'un de l'autre picturalement (magnifique scène de barreaux) et ses allusions sexuelles formelles. Dommage qu'il ne l'ait pas ressoudé avec autant de panache - le procès, lourdingue. Il manque aussi une vraie actrice pour tenir la poigne à Gregory Peck, qui semble se debattre tout seul.
Rêves de poussière (Laurent Salgues)
Un paysage de dunes, une lègère poussière de sable, on se croirait sur Mars, mais nous sommes au Burkina Faso. La beauté picturale de l'horizon sublimé par sa couleur pourpre et son aridité, dans un très graphique format scope, se contemple comme un tableau tantôt figuratif, tantôt abstrait. La narration se retire au second plan, presque inutile, seule l'image survit, silencieuse, comme un retour à l'essence même du cinéma. C'est magnifique.
Starship Troopers (Paul Verhoeven)
Petite affection pour ce film qui a bercé ma jeunesse, et, miracle, qui n'a pas vieilli, les effets speciaux sont encore géniaux et impressionnants. Même si c'est légerement trop trash pour moi, cette représentation délirante de l'Amérique des croisades menées par Barbie et Ken et une troupe de nazis (l'aigle, les tuniques, les discours, et même un portrait graphique sur un mur évoquant Hitler) est vraiment jouissive.
Lust, Caution (Ang Lee)
Très mal construit, Ang Lee a besoin de six scènes pour dire une seule chose, comme s'il voulait se donner une allure de grande fresque de 2h30, alors qu'il n'a pas la matière. Ca prouve encore une fois que la Mostra est vraiment à la ramasse, récompenser un
Black Book chinois alors qu'un petit bijou comme
Redacted explosait le même jour. C'est pas mauvais en soi, malgré une vision de la femme discutable, mais entre Lee et Depalma, il y a bien trente ans d'écart.
Le Fantôme de la liberté (Luis Buñuel)
C'est incroyable, ce film est une vraie leçon de cinéma, un plaisir de filmer, d'une liberté tellement indécente, c'est magnifique, Buñuel est définitivement mon cinéaste préféré et sera je pense indétrônable. La scène de repas completement absurde est l'une des meilleures scènes que j'ai pu voir de tout son cinéma, et ce n'est qu'une succession d'exploits surréalistes de ce genre qui vont plus loin que le plus audacieux des scénaristes serait capable de l'imaginer. Et quel bonheur de voir réunit dans un même film Rochefort, Piéplu, Bertheau, Brialy, Picolli, Pisier, et Vitti.
Films Edison (Thomas A. Edison / William K.L. Dickson)
Edison Kinetoscopic Record of a Sneeze (Thomas A. Edison) - 1894
Dickson Experimental Sound Film (William K.L. Dickson) - 1894
Annie Oakley (William K.L. Dickson) - 1894
Hadj Cheriff (Thomas A. Edison) - 1894
Carmencita (William K.L. Dickson) - 1894
Sandow (William K.L. Dickson) - 1894
Bucking Broncho (William K.L. Dickson) - 1894
Ghost Dance (Thomas A. Edison) - 1894
Buffalo Dance (William K.L. Dickson) - 1894
The Boxing Cats, Prof. Welton's (William K.L. Dickson) - 1894
The May-Irwin Kiss (Thomas A. Edison) - 1896
The Kiss (William K.L. Dickson) - 1900
Daft Punk's Electroma (Thomas Bangalter, Guy-Manuel de Homem-Christo)
Les Daft revisitent le cinéma américain, de Van Sant, Lucas, Carpenter, Cronenberg (incroyable scène organique), avec la folie et l'audace de l'expérimentation (visuelle et sonore). Quel dommage qu'ils s'inspirent autant de
Gerry (c'est quasiment un remake), mais ça reste tout de même un joli coup de maître pour un premier film.
Films Méliès (Georges Méliès)
A la conquete du Pôle (1912)
Les Illusions fantaisistes (1910)
Le Diable noir (1905)
Les Cartes vivantes (1904)
Le Voyage de Gulliver (1903)
Le Voyage dans la lune (1902)
L'Homme à la tête en caoutchouc (1901)
L'Homme orchestre (1900)
L'affaire Dreyfus (1899)
L'Impressionniste fin de siècle (1899)
Un homme de têtes (1898)
Le manoir du diable (1896)
Vues Lumiere (Louis Lumiere)
Sortie d'usine 1, 2 et 3 (trois prises)
Débarquement au congrès des photographes
Repas de bébé
Arrivée d'un train à la Ciotat
Arrivée du cinématographe
Demolition d'un mur (à l'endroit & à l'envers)
Atelier de la Ciotat
Fâneurs
Laveuses sur la rivière
Chamonix : Arrivée en voiture des breaks d'excursion
La petite fille et son chat
Attelage d'un camion
Panorama du Grand Canal en bateau (Venise)
Partie de cartes
New York, Broadway At Union Square
Bataille de Boules de Neige
Baignade en mer
Champs Elysée
Déchargement d'un navire
Ouvriers réparant un trottoir en bitume
Mauvaises Herbes
Panorama de la ligne de Cauteret 1
Zermatt : Panorama des Alpes
Panorama pendant l'ascension de la Tour Eiffel
Panorama pris d'un ballon captif
La voltige
La pêche aux poissons rouges
Les forgerons
Panorama du port 2
Panorama de l'Arsenal
Le saut à la couverture 1
Le saut à la couverture 2
La Place des Cordeliers à Lyon
Depart de Toulon pour la Seyne
Le Vieux Paris, prise en bateau 1
Panorama du funiculaire de Bellevue 1
Panorama du funiculaire de Bellevue 2
Passage d'un tunnel de chemin de fer (Avant du train)
Passage d'un tunnel de chemin de fer (Arrière du train)
Panorama du casino pris d'un bateau
Nice : Panorama sur la ligne de Beaulieu à Monaco 3
Le Formidable
Les Cuirassés de l'Escadre
Panorama de la place St Marc pris d'un bateau
Montreux
Panorama des rives du Bosphore
Escrime aux sabres japonais
Rue Bab-Azoun
Barrage du Nil
Ligne de Belfast à Kingstone 3
Dechargement au port
Castle Place
Pyramide (Vue générale)
Entrée du chateau dans le Vieux Stockholm
Arrivée des toréadors
Hyde Parc
Halte à la gare
Puerta del Sol
August Brücke
Fête au village
Danse au Bivouac
Cortège des Anciens Germains
Rentrée à l'étable
Pont de Westminster
Norrström
Rome Pont Ripetta
Prière du muezzin
Pont de Brooklyn
Une rue à Tokyo
Embarquement
Pompier : un incendie 1
Marché Arabe
Atlantic Avenue
Un enterrement
Depart de la gare
Défilé de policemen
Danse japonaise 3 : Geishas en Jinrikisha
Moulin à homme pour arrosage des rizières
Place du Dôme
Cascade
Pigeons sur la place St Marc
Nègres dansant dans la rue
Le bey de Tunis
Tsar et Tsarine entrant dans une église de l'Assomption
Le village de Namo
Défilé de jeunes filles au lycée
Coolies à Saigon
Atlantic Avenue
Lassage d'un cheval sauvage
Officier Russe attaché au président et journalistes
Repas d'indiens
Défilé de l'infanterie Turc
Défilé de l'artillerie Turc
Baignade de chevaux
Marché
Pont sur le Rhin
Panorama de la Corne d'Or
Arrivée d'un bateau et debarquement à l'exposition
Arrivée de la garde au palais royal 2
Enfants Annamites ramassant des sapèques
Rue Tverskaïa (Moscou)
Panorama de la ligne Peterhof
Rue et porte Bab-el-Khadra
Les premiers pas de bébé
La Bataille d'oreillers
Le Bicycliste
Inondation d'un quai de Lyon
Concours de boules
Partie de boules
Défilé de bébés
Walter Toboggan
Garnison des Cuirassés de la Part-Dieu
Football
La course en sac
Barque sortant du port
Les Chasseurs-Alpin
Groupe d'Acrobates : Les Cremos 1 & 2
La Machine à damer
Défournage d'un coque
La Grande echelle des pompiers de Belfast
Friedrich-Strasse : Panopticum
Fulton Street (New York)
Broadway (New York)
Porte de Jafar (Jerusalem)
Panorama du port d'Istanbul
Embarquement d'un boeuf
Fumeur d'opium
La danse au couteau
Footie et chocolat
Charcuterie Mécanique
Patineur grotesque
La querelle de matelacière
La bonne, l'enfant et le soldat
Le scieur de bois mélomane
L'accident de voiture
L'amoureux dans le sac
Les Marins
Incendie des puits de pétrole
Cours Gambetta
Chantier naval de la Ciotat
Squelette joyeux
La Bataille du voleur d'affiche
Les Remerciements
Que dire, sinon que c'est éblouissant de richesse, le cinéma des Lumière englobe tout le cinéma, de la comédie américaine (La bonne, l'enfant et le soldat) au comique de Tati (Les chasseurs-Alpin), Keaton (Barque sortant du port), au néo-réalisme (Les forgerons, Ouvriers réparant un trottoir en bitume), au cinéma d'action (L'accident de voiture), au mélo (
Le village de Namo, l'une de mes préférées, travelling arrière sur des enfants pauvres d'Indochine courant vers la caméra) et j'en passe. Ils se payent même le luxe, grâce à leurs opérateurs envoyés dans le monde entier, d'amorcer ce qui fera le cinéma d'Ozu (Fumeur d'opium), de Griffith (Les Cuirassés de l'Escadre, Les Marins), de Ford (Lassage d'un cheval sauvage), de faire du Antonioni (incroyable composition du plan de
Incendie des puits de pétrole) et même du cinéma expérimental (Dans
Passage d'un tunnel de chemin de fer (Avant du train), sur les 50 secondes de prise de vue, il y a bien 15 secondes de noir complet!). Bien sûr, toutes ses vues marquent par leur composition (voir leur décomposition en trois bandes scope), leurs angles (parfois improbable comme
Panorama pris d'un ballon captif), et souvent la beauté de leur mouvement contemplatif (
Panorama du port d'Istanbul bluffe par sa structure narrative Hitchcockienne qui passe du port au pont à l'homme, tandis que
Zermatt : Panorama des Alpes, c'est du Malick). A noter que l'un des plus talentueux opérateurs, Veyre, filma l'une des meilleures vues,
Moulin à homme pour arrosage des rizières, ou la réunion des principaux axes du cinéma : la contemplation du mouvement, la richesse du cadrage, la reflexion sur le monde. C'est en tout cas très stimulant de revenir aux fondamentaux du cinéma pour réapprendre à voir
Ce que mes yeux ont vu (Laurent de Bartillat)
Beau petit film sur la peinture et l'Histoire de l'art, où l'enquête et l'histoire d'amour inutile sont reliés en pointillés par des cadrages tatonnant et timide, hésitant et poétique. James Thiérrée est completement sous-exploité, même son personnage n'a aucune raison d'exister ici, il sert de pretexte au film pour se donner une belle affiche, c'est dommage tant sa présence est précieuse, hommage délicat à sa famille professionnelle et personnelle, au cirque et au cinéma muet. Surnage un duo impliqué et appliqué, Sylvie Testud et Jean-Pierre Marielle, donnant corps et âme à ce qui serait resté, sans eux, qu'une simple demonstration. Même survolée, cette intrigue picturale m'a neanmoins captivé malgré mes faibles connaissances en peinture classique et fait honneur à tout ce qu'elle pourrait avoir de romanesque.
Numero 17 (Alfred Hitchcock)
Déjà en 1932, Hitchcock aimait les dispositifs, cloisonnant son film une bonne partie dans un escalier. Le manque de recul et d'espace semble être démultiplié par un jeu d'ombres qui rajoute une dimension de profondeur quasi-onirique, fantastique, parodique de l'expressioniste allemand et hommage au muet. L'intrigue, confuse et mineure, se noie dans un délire de maquettes et de thèmes Hitchcockiens (l'action, la peur du vide, les allusions sexuelles), parsemés de quelques audaces de montage.
Delivrance (John Boorman)
Des plans extrêmement beaux - l'eau, la forêt, le reflet de la forêt dans l'eau, le reflet de l'eau dans la forêt - mais je ne suis pas plus conquis que ça. Déjà, je pensais que
Delivrance allait être beaucoup plus mystique, fantastique, alors que c'est tout bête finalement. Ensuite, je n'ai pas adhéré au climat d'homo refoulé qui plane sur le film, au récit petit-bras, à tout ce qui entoure globalement la mise en scène. Les plans de Boorman donnent une sorte de joli packaging, mais rien ne transcende quoique ce soit, ça fait presque pitié face à
Aguirre d'Herzog.
Avanti! (Billy Wilder)
Deception. Impression que Wilder a perdu son tempo jazzy et son oreille musicale pour nous livrer un film de papy où les scènes s'enchaînent laborieusement, sans rythme, comme un de ses tubes qu'il nous referait en playback. Wilder profite à mort de la révolution sexuelle pour enfin filmer ce qu'il a toujours rêvé de filmer : des nibards. Le paradoxe, c'est qu'il perd presque l'érotisme qui transpirait dans ses precedents films. Mais bon, on est d'accord, ça reste du Wilder.
Lions et agneaux (Robert Redford)
Je commence l'année sur une magnifique daube, où Redford se prend pour un lion mais saute à pieds-joints dans les lieux communs comme un agneau (d'où le titre), avec de la pseudo-prose très américano-égocentré, soigné de moralité de bisounours, sans oublier les violons quand il évoque le 11 septembre. Pourtant, au milieu de cette blague sans nom, Redford nous livre sa meilleure réplique. Contexte : Redford joue le rôle d'un prof de Science-Politique, cool et ouvert aux jeunes, auxquels il dit (véridique) : "Mon talent est de découvrir le talent des autres, et de les aider à s'en servir". Comprendre : "Mon talent c'est Sundance". Trop fort Redford, le problème, c'est qu'on a vu
Once, et on n'est plus dupe.
Monika (Ingmar Bergman)
Outre le fait que
Monika a été pillé par la Nouvelle Vague (imagé par Truffaut dans
Les 400 coups quand Doinel vole une photo de Monika), sa richesse va encore bien plus loin que les citations. Il y a tout, le mythe, la figure, l'origine du monde, la société, l'intime et l'universel, mêlés naturellement comme des légos. Les figures sexuelles vont encore plus loin que chez Hitchcock ou Buñuel, Bergman fait vraiment une fixette sur les ponts et les formes phalliques. Bien sûr il y a ce regard caméra fondateur du cinéma moderne (cf.
A bout de souffle), mais je retiendrais davantage le miroir, figure mythique au cinéma mais ici plus qu'ailleurs (de ce que j'ai vu, je précise), car il remixe le film lui-même.
Once (John Carney)
Jamais vu un film aussi mal filmé, il n'y a aucun plan à sauver, tout est vilain, la plupart du temps en zooms qui tremblent, le degré zéro de la mise en scène, niveau Marc Beliveau et sa caméra cachée. Jamais vu un film aussi creux, rien n'est interessant, le film se base sur une chanson tendance Radiohead période The Bends et déroule autour. Pourquoi ne pas avoir fait un disque pour polluer la Fnac plutôt que les cinémas. Et puis cette pseudo-morale catho en toile de fond : chasteté, pas d'adultère, pas de mélange éthnique, chacun chez soi. Un seul plan pourrait être symbolique et cinématographique : quand il envoit un freesbee au ciel sur la plage (ou toucher le ciel). Quête de la gloire ? Grâce musicale absolue ? Dialogue christique ? Franchement, peu importe, la guimauve est de toute façon moisie de l'interieur.
Le Petit Soldat (Jean-Luc Godard)
Un peu de restes d'
A bout de souffle et déjà des pistes de
Pierrot le Fou, c'est encore une fois une vrai leçon de liberté de mise en scène, avant d'être une leçon de mise en scène. Anna Karina est sublimissime, et toutes ses scènes sont d'or et déjà culte dans mon petit panthéon 60's, du fameux
la vérité 24 fois par seconde à son regard qui se perd dans le vent. C'est du grand film noir politique mais surtout un condensé d'art du dialogue, de la lumière, et du son, en continuel recherche de references (musique, peinture, photographie, architecture...) Je ne pense pas trop me planter en disant que Godard est le type le plus important du cinéma français.
Written on the Wind (Douglas Sirk)
Passé les clichés des premières images (couleurs, acteurs gominés et peaux UV), on se laisse porter par la maestria de Sirk. Rock Hudson s'impose en nounours triste et Dorothy Malone explose en fausse Marylin. On sent qu'il y a de l'inspiration de
Match Point ici. Vraiment bien, vivement le reste.
I'm Not There (Todd Haynes)
L'idée initiale est vraiment bien vu et audacieuse, mais ça s'arrête là pour moi. J'ai décroché au milieu du film, tout est devenu terriblement chiant, à la limite de la torture. Je n'aime pas Todd Haynes, c'est maintenant officiel. Même s'il y a de jolies choses par-ci par-là, c'est empaqueté dans un packaging stylisé et bourré de tics Velvet Goldminien, entre biopic de base 90's et toc de clippeurs façon Gondry. La partie avec Cate Blanchett est la plus bancale, malgré son intro géniale. Dommage car c'est elle la plus convaincante de tous, Richard Gere le pire. J'ai envie de crier "au secours" mais je pense que les fans de Dylan pourront y trouver leur compte. Au moins
I Want You n'est pas saccagé. C'est déjà ça.
La Maison du Docteur Edwardes (Alfred Hitchcock)
Facile un de mes Hitch préférés ! Il y a tout ce que j'aime dans ce film : du Wilder dans les dialogues ("
Faites de beaux rêves... qu'on analysera au petit déjeuner"), du Buñuel dans la liberté de mise en scène (surtout ce rêve sorti tout droit de chez Dali), et bien sur du Hitch pur et dur (les métaphores sexuelles vont encore plus loin qu'il n'est imaginable : des portes qui s'ouvrent en couloir, le dessin vaginal d'une piscine sur une nappe, le "
hotdog sur la national"). Chef d'oeuvre suprême.
La Nuit nous appartient (James Gray)
A côté, les derniers films de Cronenberg et Lumet font carton-pate, c'est même très flagrant sur l'emploi du son (ultra moderne notamment dans les fusillades) et le choix des cadrages (constamment redéfinis par des plans larges). Gray immerge completement son action dans un espace diegetique et non dans des décors (le trottoir russe chez Cronenberg fait affreusement théâtre), et la rend fluide par une mise en scène efficace et sans fioriture (la scène de la pluie, terrifiante). Bien sûr il y a des raccourcis (la traque finale parait baclée, le film méritait largement une heure de plus, là où le Lumet pédalait dans la semoule au bout de trois quart d'heure), bien sûr les enjeux sont simples (c'est de ça qu'ils tirent leurs efficacités), bien sûr c'est du déjà vu (mais c'est un reproche qu'on pourrait faire à tous les films de gangsters). Je pense que c'est plutôt du côté d'Otto Preminger qu'il faut chercher des influences, réactualisation dans les règles du film noir par excellence (
Where the Sidewalk Ends par exemple). J'adhère moins au propos sous-jacent (il sommeille un flic en chacun de nous) mais le dernier plan est terrible : enfin un film de genre avec une fin digne de ce nom.
Demonlover (Olivier Assayas)
Impression de tournage dans l'urgence qui donne un aspect de cinéma vivant, voir survivant, exploitation du son dans toutes ses extrêmes, des images magnifiques jusqu'au moindre décadrage, un propos cohérent du début à la fin, aucune stagnation dans un récit qui n'a jamais froid aux yeux, et un montage qui mange tout sur son passage. Rarement un cinéaste ne m'avait submergé de sons et d'images avec autant de maestria. Assayas est définitivement un chef d'orchestre punk.
Lumière silencieuse (Carlos Reygadas)
Experience éprouvante, laborieuse, n'ayons pas peur des mots, mais tellement benefique post-visionnage. Son propos est assez faiblard, son récit est clairement un pretexte, tellement que ça se voit trop et la forme l'emporte à chaque fois, ce qui nous fait regretter la présence des dialogues, voir même des personnages. Les lumières sont effectivement fabuleuses, il y a deux ou trois scènes qui mettent tous les autres films au placard, le plan d'intro et de fin sont tellement sublimes qu'ils en font un chef-d'oeuvre à eux tout seuls, tout est simple et beau, c'est un film utile parce qu'il nous fait grandir, et même si on se fait incroyablement chier, c'est un film qui vieillira vraiment bien comme une oeuvre d'art, et c'est dingue comme ma perception à changer depuis les deux minutes où j'en parle.
Les Femmes de ses rêves (Peter Farrelly, Bobby Farrelly)
Le film commence plutot bien, les dialogues sont assez savoureux mais ça s'essoufle aussi vite pour tomber dans le gras. Tout comme Wong Kar-Wai, les Farelly se simplifie la vie avec la redite et rate completement leur film. C'est quasiment pas drôle (seule la première scène du mariage l'est à peu près en entier d'ailleurs), ça cotoie les pire comiques US (tendance Zucker & Wayans), et ça n'arrive pas à la cheville de
Mary à tous prix.
24 mesures (Jalil Lespert)
Responsable d'un court-métrage affligeant, Jalil Lespert est un bon comédien qui aurait du le rester.
24 Mesures est dans la même droite lignée clostro et egocentré aux ingrédients pré-ados : boites, flingues et topless. Mais au beau milieu de ce carnage, arrive une scène miracle, sublime au possible comme chez Cassavetes, pas moins (avec le décidement très fort Sami Bouajila). Puis le film retourne aveuglement dans sa beauferie jusqu'à rendre 1h20 horriblement long.
L'Emploi; Il Posto (Ermanno Olmi)
Elegant mais toujours humble, finement observateur, presque timide parfois, le cinéma d'Olmi est un trésor qui me parle vraiment. Avec
L'Emploi, il offre une sorte de synthèse parfaite entre le Truffaut 60's (on croirait voir un Antoine et Colette italien) et l'art italien d'Antonioni (un regard tout aussi bouleversant sur les choses, sur le monde) et de Pasolini (même rigueur graphique du cadre). Il y a un relachement sur une partie du film qui m'a un peu perdu, mais peu importe, c'est magnifique de simplicité et surtout la miss illumine tout sur son passage.
My Blueberry Nights (Wong Kar-Wai)
Wong Kar-Wai transforme sa prose en spasme, s'auto-cite comme une machine à sou (plagiat honteux de
Chungking Express) et se fait son petit magazine de mode.
My Blueberry Night est incroyablement laborieux et, comble, il n'y a rien à manger.
Tickets (Olmi, Loach, Kiarostami)
Et miracle, ça fonctionne ! Les trois cinéastes imposent en un plan leurs styles respectifs, avec des expérimentations de montage et une superbe photographie de Olmi, des sublimes jeux de reflets et des paysages composés de Kiarostami, du rythme et du discours pour Loach. Bien sûr le film est bancal, bourré de défauts, plombé d'un faux rythme et d'un interêt limité, mais les maîtres sont bien là, leur puissance aussi. De la sobriété de Olmi au pictural de Kiarostami, en passant par l'immersion de Loach, le film captive de bout en bout jusqu'à émouvoir vraiment. En plus du cadre italien qui me fascine, il y a vraiment quelque chose à voir dans ce film...
L'Homme sans âge (Francis Ford Coppola)
Ce que je craignais est arrivé : absolument rien ne m'a transcendé, la HD ne fonctionne qu'à moitié (je ne trouve pas le film intemporel comme le Lynch, il est déjà incroyablement daté dans les balbutiements numériques), le film, trop riche en sujets - comme si Coppola voulait en choisir un mais ne savait pas lequel - se perd tout seul jusqu'à lasser completement, voir etouffer. La reconstitution historique côtoie les plus mauvais mélos hollywoodiens tandis que l'imagerie sonne comme un court-métrage de SF. Faire un film sur la langue, sur le langage, et faire parler des roumains en anglais avec l'accent Michel Leeb est definitivement pathétique. Coppola n'est donc pas pour moi : l'ambition de l'universel par l'universel, les deux pieds joints dans la soupe, s'arrête seulement à de la grande et époustouflante demonstration. Malheureusement, je ne vais pas au cinéma pour voir du cirque.
El (Luis Buñuel)
El, bien qu'au propos Buñuelien à souhait - le désir sexuel obsessionnel, les doubles tranchants de l'Eglise, le meurtre comme prolongement des deux - n'a pas les formes de son cinéma (sauf bien sûr les plans de jambes), dans le sens où il aurait pu être réalisé par n'importe quel réalisateur talentueux et audacieux. Puis arrive cette scène finale de l'Eglise. Quasi-experimentale, quasi tirée d'un film muet. Et cette conclusion malsaine comme rare l'ont osé, même aujourd'hui.
El, non seulement à la puissance Bunuelienne, mais en plus ose sur le classicisme par le son, par les choix de cadrages, par la minutie documentaire de l'ensemble, par sa manière de cheminer avec delectation vers ce qui sera l'un de ses plus gros delires. Je ne m'avance pas trop pour affirmer qu'encore deux ou trois films de cette acabit, et Buñuel deviendra mon réalisateur préféré !
Elephant (Alan Clark)
En plan large, grand angle, et plan-séquence, d'une rigueur graphique impéccable, le film qui inspira Gus Vant Sant réussit a créer dans des scènes insignifiantes une horrible tension, jusqu'au dernier plan, plongée extrême dans le temps de Bela Tarr et l'abstraction visuelle d'Antonioni.
Il Deserto Rosso (Michelangelo Antonioni)
Magnifique visuellement, visionnaire même, les couleurs et les formes picturales lorgnent du côté de l'art contemporain, Monica Vitti sublime sexuellement le recit profond et complexe, surtout affreusement d'actualité. La puissance est philosophique, sur ce film plus que les autres, ce qui le rend plus froid et plus distant, mais tellement plus fascinant, plus enigmatique, et plus mysterieux qu'il risque de mûrir dans mon estime sur les prochaines visions et les prochaines années à venir.
Transformers (Michael Bay)
C'est extrêmement débile et mauvais mais, comble, on se prend au jeu, aidé par l'auto-ironie des dialogues. Et c'est assez rigolo/touchant/pathétique (barrer les mentions inutiles) de voir comment Michael Bay lutte comme il peut contre le spectateur popcorn qu'il est conscient de toucher : une tonne d'informations par plan, par coupe, par raccord, des répliques synthétisées au maximum, des micro-ellipses dans tous les sens. Ca rend le film aussi efficace qu'illisible, aussi fascinant que desagréable. L'ultra-stylisation de la guerre tendance pub Honda et la morale réac "aucun sacrifice, aucune victoire" pue un peu la mort, la structure narrative mille fois déjà vu plombe le tout, et la dernière heure roule sur les jentes, mais ce n'est pas aussi ridicule que je le redoutais.
Nous, les vivants (Roy Andersson)
Aidé par des clins d'oeil à Tati et Buñuel, très froid, un peu drôle, irreverencieux, completement cohérent dans son incoherence, ce portrait de l'occident névrosé, sclérosé par le vieux fantasme nazi, s'impose comme violente charge politique. Un film qui impose sa marque comme pourrait l'imposer un Kaurismaki par exemple. Pas une réussite mais pas un ratage non plus.
Les Deux vies du serpent (Hélier Cisterne)
Très grand film, dans la lignée directe de Bruno Dumont et Laurent Achard : une incroyable force formelle, que ce soit sur l'image (aucun plan à jeter, tous exceptionnellement magnifiques) ou sur le son (millimétré), une dose de symbolique et un flottement de sens, tout cela empaqueté difficilement en 45 minutes (principal défaut, trop court), entre des constructions de plans ahurissant de puissance (la sequence des cascades en voiture, le premier travelling sur une route de campagne), et des personnages subtilement profonds.
Sunset Boulevard (Billy Wilder)
Un immense chef d'oeuvre : une mise en scène mêlant habilement les antinomies du cinéma (muet/parlant), jeu sur la lumière et sa puissance symbolique, mise en abîme du cinéma, du starsystem, references multiples (Keaton, Von Stroheim, De Mille, cadrages ultra-signifiants) et j'en passe, car je suis sûr de ne pas avoir tout vu tant ce film est riche.
Parenthèse : il est aussi amusant de voir tout ce que Lynch a pompé pour son
Mulholland Drive (Betty, débutante blonde/star brune, scène du studio, ambiance crepusculaire, etc...). Bref, un bijou.
Les Vacances de M. Hulot (Jacques Tati)
Ce film domine, encore aujourd'hui, toute la production française, que ce soit sur le plan humoristique, politique et cinématographique. Et ce n'est même pas son meilleur.
La Forêt de Mogari (Naomi Kawase)
On se sert du cinéma quand les mots manquent, quand les mots ne suffisent plus.
La Forêt de Mogari, c'est exactement ça, et, forcement, les mots me manquent pour l'expliquer.
Control (Anton Corbijn)
Ne connaissant pas plus que ça Joy Division, le film a le mérite de m'avoir donné envie de découvrir plus profondement ce groupe, même s'il rate un peu le coche, à mon goût, d'avoir focalisé son sujet sur les problèmes de couple de Ian Curtis en sabrant toute la partie création. Mais la mise en scène et la sublime photographie tout en contraste (chaque cadrage est magistral) le sauvent des travers banals du biopic : une sorte de
Walk the Line dans le charbon.
L'Heure zéro (Pascal Thomas)
Une classe de mise en scène comme si Woody Allen faisait du Chabrol, un plaisir jouissif à voir les pistes se brouiller entre-elles, à voir Laura Smet s'épanouir en icône sexuelle, à voir Melvil Poupaud se transformer en parfait Jonathan Rhys-Meyers français, à voir Pascal Thomas s'éclater avec les symboles, les couleurs, les lumières, sans fausse pudeur, à l'image de cette jolie musique de fosse rendu palpable d'une manière quasi-onirique.
Une belle fille comme moi (Francois Truffaut)
L'aspect brouillon presque amateur finit par séduire par de petits détails (le vieux gardien de la prison, Gui Marchand, les symboles phalliques, les running gags...) et surtout le style Truffaut (la delectation de jouer avec la mise en scène comme seconde lecture au vaudeville), mais cette sorte de La femme qui aimait les hommes reste une comédie de dimanche soir; J'ai beaucoup de mal avec le Truffaut 70's, comme si toute son talent avait été englouti sous la couleur.
Paranoid Park (Gus Van Sant)
Gus Van Sant creuse encore dans sa recherche formelle qui fait tout son cinéma et trouve de nouvelles pistes comme l'abstraction des formes, toutes les formes, jusqu'au traitement sonore Tatifié, sublime pause au milieu d'une sur-exploitation musicale sans faute de goût, de Nino Rota à de l'electronica athmosphérique. Abstraction par les lignes qui envahissent l'écran, par le montage en constante relecture "elephantèsque", par le ralenti, par l'emploi du flou aussi. L'absence symbolique des parents par construction de plans - flous, fond de champs, dos - est une des réussites de sa mise en scène en évolution permanente. Un film magnifique qui deviendra, avec le temps, peut-être mieux que Last Days.
This Is England (Shane Meadows)
Une sorte de Mon frère est fils unique en Angleterre, malheureusement ici le miracle ne se reproduit pas : un simple geste symbolique ne suffit pas à remettre en question 1h30 de coolitude des nazillons démontrée avec une telle energie. Quand Mon frère... prenait le temps de filmer le basculement, ici, ce n'est qu'en vague conclusion que Shane Meadows retombe sur ses pieds. C'est dommage, parce que les acteurs ont de vrais gueules (Andrew Shim en tête), l'entrée en matière est captivante, et Thomas Turgoose est vraiment bluffant de maturité. Une chose assez drôle par contre : le discours du Front National anglais des années 80 rappelle étrangement celui de Sarkozy d'aujourd'hui. A méditer.
Proibido proibir (Jorge Duran)
Joli petit film politique, portrait juste d'un Rio complexe et paradoxal, où la beauté cotoie l'horreur comme deux pôles d'un aimant. Les plans descriptifs des favelas sont sublimes, les personnages dessinés avec fougue et passion, l'intime conservée en premier plan. Rien ne pouvait le prévoir, mais il en ressort un amour pour le Bresil, le vrai, celui qu'on ne montre pas aux touristes ni aux cameras; il en ressort surtout une vive critique politique qui essaye de tisser un état des lieux, certes romancé, mais tellement véridique, qu'on en perd pied.
Flaming Creatures (Jack Smith)
Très pop, complexe, sous drogue, tendance Tsai Ming-Liang sur une géniale scène de viol/orgie, sublimé par une bande son incroyable et des images sales, provocantes, fusionnelles avec le corps, pour une ode amusante à l'illisibilité cinématographique, à la forme sans fond, la forme graphique mais modulable comme de l'argile, et surtout annonciateur de 68.
L'Enfant sauvage (François Truffaut)
Belle justesse de mise en scène, jouant sur cette frontière culture/nature - par l'omnipresence symbolique et métaphorique des fenetres - et sur l'origine des choses - de l'enfant, avec le miroir connoté freudien, mais aussi du cinéma, avec le noir et blanc et les fermetures en iris.
Michael Clayton (Tony Gilroy)
C'est correct, acceptable. Suffisamment contemporain dans la façon dont il nous renvoit le monde (de beaux pillow-shots nocturnes ou sous la neige, un regard parfois evasif, et surtout un New York de nuit magnifique), Tony Gilroy sait filmer, il lui faut maintenant un vrai sujet (un comble pour un scénariste de formation) et non un resucé de ce qu'à déjà fait Lumet ou Pakula il y a trente ans, et Mann ou lui-même plus recemment.
Nos retrouvailles (David Oelhoffen)
Dans un esprit très
Raison du plus faible de Belvaux, ce petit film sur le parcours initiatique - devenir homme - d'un jeune fils empreinte aussi bien aux plombants codes classiques du genre qu'aux tics télévisuels, mais dégage une certaine beauté dans sa structure narrative très Oedipienne - quand le père sort de sa figure naturelle de Loi, c'est au fils de reprendre ce rôle de Loi (la scène avec la porte de l'entrepot est d'ailleurs assez symbolique en ce sens), donc de devenir père à son tour - et ses performances d'acteurs impeccables qui rendent cette difficile transposition à l'écran convaincante.
Va savoir (Jacques Rivette)
Je suis en train de decouvrir que j'adore ce que fait Rivette. J'aime cette approche sensuelle du cinéma, sans être aussi extremiste que Rohmer, mais s'en rapprochant par une même pureté du cadre, une même simplicité du regard, une même fougue du verbe. Et puis il y a cette recherche de perfection esthétique, dans les couleurs et les constructions de plans, dans le montage, dans les métaphores sonores; Ce jeu récurent sur les oppositions (noir-blanc, lumiere-obscurité...), sur les symboles (les grilles, les rideaux, le vide), sur les mises en abîme de la théatralité. Le tout orchestré par une jolie complexité de caractères, Sergio Castellitto en tête, border-line sur le cliché mais toujours juste. Sous ces airs de comédie,
Va savoir est un bel hommage passionné au théatre et, plus largement, au cinéma.
99F (Jan Kounen)
Kounen est un publicitaire (on n'a toujours l'impression qu'il veut nous vendre un truc de son cadre) et
99F critique la pub. Personnellement je n'ai rien contre les gens qui crachent dans la soupe, bien au contraire, je trouve même que c'est un acte de rebellion tout à fait sain, le premier qu'on fait pour tuer le père et devenir adulte.
Il y a un plan qui aurait pu aller dans ce sens, un seul, celui de l'arbre dans l'asile. Un plan tout moche, mais le seul cinématographique, le seul qui porte un minimum de vérité et d'authencité, le seul plan, disons, "d'artiste" (car même la fin a une sale gueule d'agence de voyage - magnifique echo à la pub Vivendi diffusé en pré-programme). Donc ce plan, et cette phrase : "accepter de s'ennuyer un peu". Mais le problème, c'est que Kounen n'est pas capable de tenir ce plan. S'ennuyer, c'est une bonne idée, encore faudrait-il s'y tenir, s'ennuyer un peu, flaner sur ce plan d'arbre. Non, il continue de plus belle avec sa steadycam, ses filtres et ses incrustations 3D. A quand un film de fiction à la hauteur de ses exigences ?
Syndromes and a Century (Apichatpong Weerasethakul)
Un film qui a su allier passion et sens de la photographie, puissance poétique, et regard constructif sur le monde. A des années-lumières du simple récit ou de l'exercice de style, le film flotte gracieusement sur la frontière, avant tout bouleversante et magnifique, prônant le cinéma comme poème plus ou moins abstrait, sensoriel, visuel.
L'Avventura (Michelangelo Antonioni)
Déjà, premier point, le film reste totalement cohérent avec Profession : reporter, comme un miroir où Sandro (et ses faux airs de Jack Nicholson) erre dans des paysages plus ou moins desertiques (le point de départ de l'histoire étant le plus desertique de tous d'ailleurs, une ile deserte, et comme le desert dans Profesion:reporter, il amène vers des paysages beaucoup plus métaphoriquement deserts) à la poursuite d'une femme, quand Nicholson, lui, était poursuivi d'une femme. J'ai lu aussi une critique du film comparant un travelling à deux oeuvres distinctes du peintre DeChirico, et c'est assez fabuleux comment le film retranscrit son athmosphère par moment, avec des cadrages picturaux hallucinants de beauté et d'étrangeté, peut-être bien les plus beaux noir&blanc que j'ai pu voir. Mais ce qui m'a le plus frappé est l'ouverture du film, sa première heure, comment Antonioni amene d'une manière tout à fait naturelle et justifiable - Hitchockienne ? - toute son oeuvre, tout ce qui fera "le style Antonioni", c'est à dire vers un depouillement total de la narration - métaphorisée par l'île deserte où tout est verrouillé par les recifs et la mer - pour ne s'interesser qu'à l'essentiel formel et sensoriel, au travers de thèmes connotés et significatifs comme le vide et l'absence.
Car Profession : reporter commençait déjà les pieds dedans. Ici, il prend le temps d'emmener le spectateur vers ce qu'il veut, ce qu'il creuse, ce qu'il appelle "l'après". En gros, L'Avventura serait le prologue si l'on prennait toute son oeuvre pour une seule oeuvre.
La Vie d'artiste (Marc Fitoussi)
Tout est joliement écrit, des personnages à la moindre réplique, toujours justes et fines. Ce film choral marche parce que chaque scenette pourrait être autonome. On ne cherche pas sans cesse à construire un puzzle bancal auquel il manquera forcement des pièces, ici l'interet est dans le verbe et la situation, plus que dans les personnages (magnifiquement interprêtés cela dit). Car les personnages, généralement passifs, sont victimes de ce qui leur arrive, le sort s'acharne sur eux. La situation devient alors sujet, comme elle pourrait l'être dans un court-métrage de Buster Keaton par exemple, donnant une efficacité instantanée. Et le film reste cohérent jusqu'à sa dernière image, par un happy-end en trompe l'oeil, cynique, pathétique, et tellement jouissif.
Salo ou les 120 journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini)
J’ai vu ce film pour la première fois quand j’avais 16 ans. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, et une fois fini, je me souviens être resté une bonne vingtaine de minutes devant l’écran éteint, à ne plus savoir parler, ni même penser, évanoui les yeux ouverts. A partir de ce jour là, je ne voyais plus l’utilité de voir d’autres films, tant il y avait ici le summum de tout, le pire dans le meilleur. Salo m’a possédé pendant plusieurs années, sans jamais disparaître vraiment, revenant par images brèves sans prévenir. Jusqu’à hier. Hier, j’ai eu le courage de le revoir, d’oser tout remettre à plat, retendre un bras vaincu pour un nouveau bras-de-fer, quitte à abîmer le mysticisme qui nous reliait intimement, le film et moi. Comme revivre une date dans l’Histoire de ma vie, revivre une expérience traumatisante une seconde fois, avec, je l’espérais, un peu plus de recul et de maturité. Donc, pas de surprise, l’œuvre est toujours aussi puissante et dérangeante, et le restera à jamais. Elle est inscrite dans le temps mais les survole tous, une sorte d’horloge qui indique toujours la bonne heure. Il s’en dégage une rigueur esthétique qui transpire jusque dans les tapisseries, une rigueur presque géometrique. Chaque cadrage est un miracle, chaque plan un abîme sans fond. Pasolini est un Dieu et Salo un film-bible. Il n’y a jamais rien eu au cinéma de plus violent et de plus beau à la fois. Il restera, dix ans après l’avoir été, mon film préféré de tous les temps.
Les méduses (Etgar Keret, Shira Geffen)
Incroyable et sublime musique (la scène d’intro est à tomber par terre), des personnages bien dessinés (le flic, la vieille), une mise en scène assez bien vu (riche de métaphores poétiques et d’ingénieuses constructions de plans) et un petit lot de jolies filles (la photographe en tête), tout pour plaire, donc, et pourtant, le film souffre d’une profondeur bien trop superficiel dû encore une fois au choral. Le choral est un bon moyen de passer du court au long, pas trop fatiguant (emboîté trois ou quatre courts-métrages en un pour ne pas trop se faire chier à développer à l’intérieur), c’est donc aussi un affreux constat d’échec. Et je trouve ça assez dommage de donner la Caméra d’Or à quelqu’un qui n’a fait « que » coller des courts-métrages entre eux.
Le dernier des fous (Laurent Achard)
Ambiance assez flippante de la solitude. C'est un film sur la solitude de l'enfance, et donc en grande partie basé sur un imaginaire plus ou moins glauque (sous-entendu seulement). Ce que j'ai adoré par dessus tout, c'est cette forte relation avec le grand frère (qui guide le recit), presque passionnelle, mais encore une fois completement retenue. Tout est dans la retenue, dans l'interieur (juste à voir le nombre de plans fixes sur le visage inerte de l'enfant, à essayer de capter le moindre mouvement de sourcil, comme si la caméra voulait voir à l'interieur de lui). Le fond est beaucoup plus riche que ce qu'il montre, mais ça doit etre lié au propre vécu du spectateur, une espece d'association inconsciente. Pour moi, il n'y a pas meilleur peinture de l'enfance dans une campagne : autiste, renfermé sur lui même, avec ses propres codes, sa propre vision du monde, son interpretation, et son imaginaire. Le film dit beaucoup de chose aussi sur les relations avec la mort, et avec les adultes (son père terriblement étrangé, sa mère qui le rejete) et les desastres que cela entraine.
Il faut, je pense, capter toute la dimension imaginaire qui resulte du son hors-champs, exploité au maximum dans ce film (comme rarement je l'ai vu dans un film sur l'enfance) puisque, enfant, c'est avec ce qu'on ne voit pas que l'on crée son propre imaginaire. Pareil pour le cinéma.
Continental, un film sans fusil (Stéphane Lafleur)
Un style norvegien (Roy Andersson, Jens Lien) par plans fixes successifs. Quelques belles situations et un humour cynique omnipresent mais finalement le film fini par tomber dans les travers du choral, un genre de plus en plus fatiguant. Pourtant, il y a un sens certain du cadre, de la lumière, et de l'ellipse, qui permettent de suivre la solitude et l'ennui des personnages sans tomber également dedans, ce qui est déjà une belle performance en soi.
Sleuth (Kenneth Branagh)
Des effets de cameras ingénieux (mais paradoxalement trop tape-à-l'oeil), un sens de la manipulation et des mises en abimes dans tous les sens, Branagh joue avec le cinéma lui-même, questionne le principe de mise en scène avec une théatralité jouissive (même si trop previsible). Malgré tout, sans avoir vu l'original de Manckievisz, je ne suis pas sur que cette versionapporte grand chose au cinéma.
La graine et le mulet (Abdellatif Kechiche)
La première heure est decevante, Kechiche fait le minimum syndical, voir s'autoparodie, mais l'intensité de la deuxième heure est telle qu'elle porte le film. Il y a donc, au final, un très beau film, ancré dans une réalité social assez brutal (la dignité de la vieillesse) qui nous montre des côtes du sud de la France qu'on a (enfin) envie d'aimer. Et ce qui en ressort le plus, c'est que Kechiche est un grand directeur d'acteur.
Sous les bombes (Philippe Aractingi)
Tourné en DV le lendemain des bombardements au Liban, à moitié improvisé dans un pays devasté qui explose encore (de terribles explosions nous enlèvent parfois de la fiction pour nous amener dans le documentaire en plein milieu du scène), ce film Rosselinien ressemble sur à peu près tout (de la demarche au resultat) à Paisà, mais fondamentalement ancré dans notre époque. C'est horrible et beau à la fois, la definition même du "sublime"
Andalucià (Alain Gomis)
L'histoire d'un maghrebin qui se cherche, voulant, au fil des rencontres hasardeuses et des petits boulots, comprendre le sens de sa vie. Tout passe dans les regards, dans les non-dits, dans l'ellipse. D'histoire incroyable de SDF au cadrages minutieux de travaux manuels, le film colle au documentaire comme un seconde peau, offrant une magnifique vision de Paris d'aujourd'hui. Disons qu'on ne pouvait pas faire regard plus contemporain.
With a girl of Black Soil (Jeon Soo II)
On pense à Jia ZhangKe, à Nobody Knows, à pas mal de films asiatiques, mais pourtant le film réussit à echapper à la banalité pour offrir ses quelques perles.
Nessuna qualità agli eroi (Paolo Franchi)
Cadre clinique, personnages antipathiques, mise en scène lourdingue et egocentrique (enchainement de gros plan clostro) et une intrigue dont on se contrefout, bref, un concentré de snobisme que je deteste dans un cinéma qui se dit "d'auteur" à tout prix, plus pour la gloire que pour la raison.
L'ora di punto (Vincenzo Marra)
Des couleurs fades insaturables, des gros plans photomatons, tout dans ce film brandit la mort du cinéma pour la gloire de la télévision.
Mad Detective (Johnny To & Wai Ka-Fai)
Ce mec fait des films comme on fait des crepes. Cette fois-ci, c'est un peu raté, ça colle à la poele, c'est très con, ce qui ne l'empêche pas pour autant de faire immerger qq très bonne scènes, de très bons plans, et de très bonnes blagues.
En la ciutad de Sylvia (Jose Luis Guerin)
De la totale contemplation, un regard sensuel sur la femme, sur la ville (Strasbourg), une utilisation maitrisée de la musique, des tags, des figurants. Une experience sensorielle bien foutu (génial traitement du son, joli traitement de la lumière), un ressenti tellement juste qu'il en devient passionnant par moment, alors qu'il ne filme que le non-evenement. Quelques chose de divin et de chiant, en somme.
La Ragioni dell'aragosta (Sabina Guzzanti)
Documentaire sur le revival d'une vieille bande de comiques TV (genre les Nuls) à la gloire d'une télé italienne révolue, lors de la préparation d'un show en faveur des pecheurs de Sardaigne. Très italo-italien, parfois politique, il faut etre callé pour comprendre toutes les blagues. Le film s'en sort bien malgré un manque concret de fond et un renie total de la forme.
Help Me Eros (Lee Kang-Sheng)
Très Tsai Ming-Liang (periode La saveur de la pasteque),Help Me Eros en reprend les qualités et le defauts dans un grand shaker et en ressort un nouveau cocktail moins frais, mais toujours efficace. Du sexe, de la bouffe, des silences et des nevroses, il y a là quasiment le nouveau film de Tsai Ming-Liang (qui en est justement le producteur).
13 court-métrages (Harold Lloyd)
Are crooks dishonest (Passez muscade)
Just neighbors (Mon ami le voisin)
Bumping into Broadway (Amour et poésie)
His royal Slyness (Prince malgré lui)
An eastern westerner (Pour le cœur de Jenny)
Number, please ? (Quel numéro demandez-vous ?)
Oh! la belle voiture ! (Get Out And Get Under)
De la coupe aux lèvres (From Hand To Mouth)
Harold chez les pirates (Captain Kidd's Kids)
Harold régisseur (Ring Up The Curtain)
Lui est un fameux ténor (The Non Stop Kid)
Modern Palace (The City Slicker)
Feux croisée (Two-Gun Gussie)
Exils (Tony Gatlif)
Bien sûr, et encore une fois, la fiction sert de pretexte au documentaire, pour depeindre les cultures méditerranéennes et leurs paysages, notamment par de magnifiques plans fixes d'extérieurs (le port d'Espagne, les deserts du Maroc, Alger). Il en ressort un road movie sincère et nerveux, un peu "guide du routard" parfois, completement anti-hitchockien (toutes les intrigues sont expédiés en 2 plans max), beaucoup trop riche pour approfondir quoique ce soit (1h30 pour quatre pays), mais d'une générosité et d'une tolérance assez communicative.
Très bien merci (Emmanuelle Cuau)
L'incohérence. L'incohérence d'un monde qui ne se comprend pas lui-même, pire, qui refuse de se comprendre. Un monde gris comme le ciel de Paris, un ciel fantasmé sous le béton de la ligne 8. D'abord zombie désarticulé par le poids des obligations, emprisonné dans un schéma narratif banal, coincé dans une rame de métro qui lui sert d'engrenage, Alex deviendra la pièce défaillante dans la chaîne parfaitement huilée de la vie. Presque volontairement, Alex participe à un vieux rêve totalitaire qu'on a toujours appelé, sans trop savoir pourquoi, science-fiction. Alex est l'homme parfait pour notre société : obéissant, à l'heure, triste. Un peu névrosé. Alex est devenu l'homme invisible, son imper lui servant de panoplie de camouflage. Un rêve de gosse démystifié, encore un. Mais l'homme se differencie de l'animal par ses prises de conscience, et Alex, un jour, réussi à se differencier. Il sort timidement un pied du tracé et franchit par inadvertance une des nombreuses lignes rouges. Les sentinelles qui gardent les moutons dans les bons couloirs le rappellent à l'ordre, mais c'est trop tard. Alex vient de goûter un fruit perdu qu'il ne croyait fantasmer que sur les pièces de francs, entre deux autres notions mythologiques, cette saveur nouvelle et intense qu'on appelle aussi liberté. Alors Alex se lâche, il décide de regarder le monde. Regarder trop. En insitant. Peut-être même essayer de le comprendre. Alex va beaucoup trop loin, Alex doit être fou. Alors on le met dans un hopîtal psychatrique. Et comme toute pièce defaillante, on le remplace sur la machine par une autre pièce. Une autre pièce tout aussi triste et obéissante que lui, tout aussi formatée. De toute façon, des pièces, il y en a plein en stock.
Une logique déshumanisée qui a réussi la prouesse de nous faire croire en elle. Les Temps Modernes ne sont plus aussi mordernes que ça, les moutons de Chaplin vont et viennent toujours dans le même sens, et toujours avec le même acharnement. Mais, que voulez-vous, il faut bien manger. Très bien merci révèle le paradoxe de cette gratitude que l'on a envers nos bourreaux. J'acquiesce, je remercie. Je subis. Et sous terre, chaque jour à la même heure, le fantôme de la dépression prend vie et fait peur aux enfants. Il guide un troupeau de pièces détachées, une armée déjà morte qui n'espère même plus ressusciter un jour. Reste à savoir si, dans un tel brouhaha de claustrophobes, Alex réussira à sourire.
Une jeunesse chinoise (Lou Ye)
Une mise en scène fougueuse et audacieuse dans la première heure, qui s'assagit et veillit parallelement à ses personnages au long de la deuxieme, pour devenir parfois terriblement banale.
Dans les cordes (Magaly Richard-Serrano)
L'auto-biographie, quand elle l'est trop, delaisse la sincérité au profit de l'égocentrisme... Dommage.
Boulevard de la mort (Tarantino)
Un film detestable par sa complaisance et sa coolitude de la violence, de la mort, du trash, voir du viol symbolique, sa profanation de films cultes, sa regression esthétique, son absence d'humanité, son arrogance, sa primaire mysogynie, cette affreuse gueule de film texan, la nausée qu'il me donne. Pourquoi mysogine ? Parce que la première partie est horriblement reducteur envers la femme. Leur filmer le cul, les seins, les jambes uniquement, en gros plan parfois, la renvoyer à son statut d'objet sexuel, sous-entendu directement par leur conversation : vide, centré sur le cul, ininteressante. Puis elle se font dezinguer, soit en d'autres termes : cette femme baisera ou crevera.
La deuxieme partie est encore pire : même poules, qui parlent de ceinture comme un objet precieux, de cul, ininteressantes encore. L'emancipation par la surconsommation (belle vision de la femme qui fait son shopping et est heureuse comme ça). Puis une nouvelle figure de femmes (ouf!) : elles parlent de bagnole, se séduisent entre elles, sont moins jolies que les deux autres. Soit. Les deux autres filles sont largués complets, comme une incomprehension entre sexe. Okay. Nous avons donc deux sortes de femmes emancipées : la fashion victime (objet sexuel, poupée barbie) et la lesbienne (severement burnée). Juste ça, c'est reducteur. Que fait la femme émancipée : elle se venge, tue, et prend plaisir à le faire. Morale texane degueulasse, tendance mecs de tunning, on regrette presque la femme non emancipée, qui faisait des choses simples : baiser, boire du coca. Que c'est regressif et abject.
Zero deux (Compilation de courts)
Une compilation de court-métrages est à la base une très bonne idée, sauf qu'ici, excepté le délirant
Ward 13, nous sommes dans le degré zéro du court, en apothéose avec le médiocre remake scope/drapeau américain d'un petit film d'animation que j'adorais. Il y a là profanation.
El Custodio (Rodrigo Moreno)
Je ne sais pas si c'est le contexte de la narration, l'écriture de la mise en scène, ou la profondeur de son regard, mais, en très peu de mots, de mouvements, d'expressions, il y a quelques chose d'invisible capté par le personnage principal et/ou par la caméra, et c'est toujours assez fascinant les films capable de capter quelque chose d'invisible.
Entre adultes (Stéphane Brizé)
Malgré l'incroyable laideur de la DV et de la mise en scène, "Entre adultes" séduit finalement par son pathétisme
Truands (Frédéric Schoendoerffer)
Un scénario faiblard, des dialogues ridicules, des acteurs affligeants (jamais vu des acteurs aussi mauvais, excepté Benoît Magimel), et une violence gratuite injustifiée et débilement excessive. Et pour finir, toutes les filles sont des putes, et les rares qui sont filmés au-dessus des seins sont celles qui se font tabasser. A méditer.
Pingpong (Matthias Luthardt)
Du mille fois déjà vu, remake allemand de
La Tourneuse de Page, audacieux sans être à la hauteur de ses promesses, mais magistralement maitrisé, avec en supplément une certaine classe. On approche du style de Chabrol.
Apocalypto (Mel Gibson)
Ce film dangereux légitime ouvertement la peine de mort (jusqu'à la "machine-outil", même); je deteste être pris en otage à ce point dans ce sentiment de "vouloir à tout prix tuer les méchants" car tout est méticuleusement mis en oeuvre pour ça, à un degré de haine qui nous vient à adorer regarder un crâne s'éclater contre une pierre, et même, comble, en rire. Jusqu'à la dernière seconde, où Gibson met en scène un sauvetage par l'homme blanc et sa "croix divine" - principe du cinéma de propagande, travestir la vérité par des artifices de suspens - car si on part du principe fondamental qu'au cinéma tout est représentation, "l'homme blanc" est personnage adjuvant dans le schéma narratif, il y a donc réécriture de l'Histoire. Qui réécrit l'Histoire sinon les fanatiques ?
Hostel (Eli Roth)
Aucune alternative dans ce film, tous les européens sont des attardés mentaux, et plus tu vas vers l'Est, plus ils deviennent de grosses betes sauvages; Les flics sont corrompus, en plus ils ont une sale tronche; Les enfants sont des voleurs, les filles des putes; la luxure est passable de peine de mort; L'americain triomphera de "l'axe du mal" et fera sa propre justice (peine de mort); La peine de mort est la morale de l'histoire. Un film pro-Bush qui cache son fanatisme derrière du bourrinage d'attardés. Dire que c'est extremement débile serait un peu réducteur, tant c'est surtout profondement raciste, voir fasciste par moment.
Lady Chatterley (Pascale Ferran)
C'est classe, c'est subtil, c'est bourgeois, c'est champêtre, c'est filmé avec le petit doigt en l'air.
C'est vraiment pas mon truc.
La Faute à Fidel (Julie Gavras)
Le choix d'un point de vue subjectif à la petite fille nous prend au piège de l'irresponsabilité des parents (parfois de leur débilité aussi), ce qui est assez irritant. A trop vouloir écrire son personnage, Julie Gravas en oublie de developper les autres, qui ne savent finalement dire que deux phrases "calme toi" et "arrête avec tes bétises". Avec ce genre de réponse, on pète un plomb comme leur fille.
The Host (Joon-ho Bong)
Un film de monstre, écologique et drôle, où la conclusion serait : les vieux polluent, les enfants meurent.
C'est quand même autre chose qu'un singe qui beugle sur une tour!
Black Book (Paul Verhoeven)
Le film hitchockien que DePalma a rêver de faire.
L'un des meilleurs films typés "hollywoodiens" de l'année, sauf qu'il est hollandais.
Les Infiltrés (Martin Scorsese)
Scorsese revient enfin à son meilleur niveau et ne devrait faire que des films de mafieux. Ici, il transcende l'original et applique son style en deux scènes, même pas. DiCaprio est magistral, ce qui s'avère être la plus grande surprise du film. Mais il plane sur ces 2h30 le spectre d'
Infernal Affair, qu'on le veuille ou non. Et c'est là que Scorsese se plante : il pourrait nous raconter n'importe quelle histoire de mafia, même la plus débile, on s'en foutrait royalement et on adorerait. Le remake a ses limites et pour Scorsese, ça doit avoisiner les 1h30. Car à partir de là, on ne voit dans son film que les differences avec l'original tant les deux se ressemblent (un décor crado à la place d'un stylisé Hong-Kongais, ce genre, c'est à dire dans le domaine du détail). Puis on trouve certaines scènes clés de l'original bien supérieures, un comble pour Scorsese, battu sur ses propres platebandes. Et on en vient à se demander l'utilité d'un remake aussi copie-conforme.
Casino Royale (Martin Campbell)
Tout commence comme un fantasme de cinéma (et comme un fantasme d'ado qui va au cinéma), c'est à dire en James Bond : des scènes d'actions magistralement bien filmées (angles de caméra géniaux, utilisation du plan large, de la perspective et de la profondeur de champs) des bonnes répliques plutôt drôles, une Aston Martin, une italienne, un flingue dans une envellope... Mais tout se dégonfle à la moitié du film, rien n'est exploité, l'intrigue s'embourbe, c'est légerement raciste (les noirs escaladent comme des singes et se battent avec des sabres, il ne manque que leurs pagnes), l'italienne disparait en deux scènes, l'Aston Martin aussi, et James bond s'avère une bite au poker. Celui-ci, crédible sur certains regards, certains sourires, est ridicule la seconde d'après, entre bodybuildé de téléachat et "méchant" allemand potentiel; Eva Green, jolie mais pas exceptionnellement belle. Tout dans ce film est dans le domaine du "presque" ou de l'avorté. Vers les 3/4 du film, on regrette presque Jean Dujardin qui ferait un bon sourire caméra.
Un génial fantasme de cinéma qui s'avère être finalement qu'une bonne branlette.
Le Concile de pierre (Guillaume Nicloux)
Guillaume Nicloux a un style, esthétiquement riche et techniquement précis, que l'on retrouve ici seulement cinq petites minutes vers la fin grâce à un exceptionnel éclairage rouillé. Entre temps, on s'amuse à le voir abuser du hors-champs comme mise en danger du personnage, ou à galérer avec les immondes clichés (la bibliothèque avec loupiotes). A part ça ? Bein rien.
Borat (Larry Charles)
Les meilleures scènes, celles critiques et intelligentes, ont été coupées au montage.
Bamako (Abderrahmane Sissako)
Génialissime, quelques longueurs, quelques coups de maître.
Ne le dis à personne (Guillaume Canet)
Le film s'embourbe dans des révélations à tiroir et une happy-end gratuite. Les films policiers donnent une impression de déjà-vu : voir toujours le même film avec une musique différente, et des acteurs différents, et encore.
Le Labyrinthe de Pan (Guillermo Del Toro)
La magie ne prends pas plus que ça, disons en tout cas pas tout le temps. Des airs de Hayao Miyazaki trash, des effets incroyable de réalisme, parfois assez gore, souvent inventif. Un côté franchement bon dans ce qu'il a de réel, comme l'Espagne franquiste, une noirceur sublimée, et du style, même si certains délires de la gamine peuvent paraître ridicule.
Sheitan (Kim Chapiron - 2006 - France)
Comment certains peuvent dire que c'est un cinéma "neuf, innovant, jeune", je n'ai jamais vu autant de clichés à la seconde. Trente ans de retard, voir quarante. Ce n'est pas en mettant des "nique sa mère" à chaque fin de phrase qu'on est jeune et innovant, on est juste ridicule.
Gerry (Gus Van Sant - 2005 - USA)
Gus Van Sant revient à la source de l'homme avant de revenir à celle du dispositif cinématographique, et livre le film le plus complet sur le monde, en restant le plus poétique, passant du jardin d'Eden à Ground Zero, de la Shoah à la guerre du Moyen-Orient, du Moyen-âge aux jeux-vidéo, des premiers pas sur la lune à la conquête de l'Ouest.