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Nouvelle Vague sur l'Asie
Fruit de la passion
Ici, la mer est calme. Là-bas, la vague, nouvelle, révolutionne peu à peu ce que ici on appelle cinéma, ce que là-bas on appelle art. Là-bas, c’est l’Asie, le pays du soleil levant et du pokemon, où chaque plan, chaque image, se mange avec des baguettes. Quand l’Amérique copie ses propres remakes de suites, quand la France fouille dans les poubelles, récupère les déchets pré-mâchés, et les photocopies en douce, l’Asie, elle, ose encore inventer, ose encore surprendre. Seule, debout, sur cette bouillie stagnante. Le meilleur film français de 2005 est un court métrage, "A bras le corps" de Katell Quillévéré. Preuves que les longs ont perdus leurs couilles dans la grande bataille au box office. Alors quelle histoire écrire dans les bouquins de cinéma ? Celle bridée, mais seulement des yeux. Car 2005 est un tournant. Une page transparente qu’il faut pourtant tourner. Un réel tournage.
2005, c’est un début et une fin, mais dans l’autre sens. Kim Ki-duk clôt avec "Locataires", le point culminant du romantisme, la justesse inégalable de la retenue. Même "L’arc", son film suivant, ne bande déjà plus assez. La fin, donc, d’une certaine idée du cinéma, innocente, naïve. Il faut alors un début, pour recommencer. Quelques mois plus tard sort "La saveur de la pastèque" de Tsai Ming-liang comme un passage à l’âge adulte. L’enfant est mort, le fruit est mûr. Il n’y a plus de limite, on passe de la retenue à l’excès, dans un dessert bouillonnant de non-sens, prédit quatre ans plus tôt par "L'île" du même Kim Ki-duk, iceberg du cinéma décidément incontournable. Les blockbusters à destruction massive ne pouvaient que s’échouer, forcément. La poésie est morte, donc, dans une pastèque, ou plutôt une certaine idée de la poésie, pour laisser place à une autre, plus fruitée, plus ouverte, plus pénétrante. Comme deux pôles d’un aimant, la poésie passe du bout des lèvres au bout des lèvres, traduisant le mot amour dans ses deux définitions. Celui charmant de Doisneau, par l’invisibilité, la parole figée et le souvenir photographique, et celui trash du popart, la pastèque en réponse à la banane Warholienne.
Mais peut-être est-il trop simpliste d’éplucher le cinéma asiatique de cette façon. Car même si nouvelle vague il y a eut, avec un "A bout de souffle" local (Chungking Express, Wong Kar-way, 1995) et "les 400 coups" (L’été de Kikujiro, Takeshi Kitano, 1999), le vent n’est pas près de retomber comme en 63, et le tsunami Ming-liang a tout emporté sur son passage. Le cinéma asiatique a bouleversé les codes du « nouveau cinéma de papa » dans une sauce technopop épicée, voir carrément juteuse. Alors misons tout simplement sur son devenir déjà tout tracé : une joyeuse salade de fruits.
Pierrick
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hop
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