Sur un lit d'oseille
Une histoire sans parole.
Le premier mérite de ce film est de se rendre accessible à un public aussi bien entendant que sourd. Dans une société où les différences semblent peser comme des fardeaux, il est bon de nous rappeler que la communication ne se situe pas que dans la parole, et que l’art cinématographique sait user de multiples langages, pour peu qu’on s’y attarde.
L’histoire en devient moins banale et beaucoup plus poétique : une histoire d’amour, certes, mais dont le langage n’est pas ordinaire. Pierrick met la compréhension dans la pupille de sa caméra : il nous met de la lumière dans les yeux, même la musique se perçoit sans qu’il soit besoin de l’entendre.
Mais cette lumière n’est là que pour s’assombrir. Une histoire d’amour, certes, mais une histoire qui tourne mal, jusqu’au drame. Une histoire qui dérape aussi vite qu’elle a commencé mais une histoire d’amour à multiples ressorts : amour fraternel, amour de cette mère malade, amour naissant des deux protagonistes…
Abrupte révélation de la réalité, l’argent –ou plutôt son manque- ensevelit tout, jusqu’à l’amour. La pièce close dans laquelle ils se retrouvent est sordide, mettant en scène (non sans une certaine théâtralité), le phénomène d’exclusion, l’une dans sa surdité, l’autre dans son forfait. L’argent semble être le facteur déclencheur d’une telle dramatique mésaventure…
Mais si « L’argent ne se mange pas », l’amour non plus, et le spectateur ne gobe pas tout… Un sentiment d’absurdité envahit le spectateur ; « pourquoi ? » est la question qui subsiste…
C’est un premier essai concluant en tout cas du point de vue de la sensibilité du cinéaste alors : à quand la prochaine création ?
Oriane Barbey <<